La ferme de l’Indien

Stéphane nous accueille dans sa ferme. Mais avant d’arriver jusqu’à lui, nous croisons la route du cheval, de la mule et des chèvres. A peine arrivés, les vélos en équilibre instable, nous nous engouffrons déjà dans le sauna encore chaud, et c’est ici que Stéphane commence à nous parler de son lieu. C’est une ferme « humblement vivrière », et elle s’organise de plus en plus autour d’un projet de permaculture. Épurer son eau, produire sainement et cueillir sa nourriture, composter, échanger, trouver des astuces, voici les grands thèmes.

Adepte de la permaculture, ou comment penser intelligemment et durablement un lieu de vie, Stéphane nous montre ses réalisations et leurs interactions. La serre pour démarrer des semis sous couche chaude est simple et efficace; une petite charpente, des fenêtres de récupération, un peu d’enduit de terre sur la façade. Deux grandes buttes autofertiles toutes récentes commencent à accueillir les premières graines.

Les buttes autofertiles

L’intérêt premier des buttes est d’épargner la terre, et tout ce que l’on peut espérer faire c’est de la remettre dans de bonnes conditions pour qu’elle puisse évoluer seule, qu’elle retrouve ses qualités premières. Cette configuration en butte à plusieurs avantages :

  • Ne plus damer la terre en marchant de-ci de-là et ainsi laisser l’aire et l’eau pénétrer facilement
  • Ne plus la retourner et perturber les différentes couches de vie qui mettent un certain temps à se mettre en place
  • Ne pas la mettre à nue, situation qui n’arrive jamais dans la nature et qui entraine l’évaporation de l’eau et de la vie sous terre.
  • Et enfin laisser sans les déranger les innombrables espèces animales, bactéries et champignons jouer à leurs jeux favoris > manger, recycler, transformer, aérer, se multiplier…

Elles ont gagné le qualificatif d’autofertiles… ou plutôt elles le récupèrent. Aurait-on l’idée de dire qu’un sol de forêt ou de prairie épargné par l’Homme où poussent des milliers d’espèces sans laisser un centimètre de terre à nue n’est pas fertile ? Les sols perdent leur fertilité à cause de l’utilisation que l’on en fait, et gérer durablement un sol c’est limiter l’impact de notre main qui ne cesse d’enlever ce qui lui appartient. Nos mains .. et nos pieds évidemment. Alors une fois pour toute, on prélève de la terre de surface dans les allées, on forme ces buttes sans les damer, et on recouvre la surface de BRF. Ce Bois Raméal Fragmenté couvre la terre pour que l’eau ne s’évapore pas, offre le gîte à de multiples espèces animales et relance la partie du jeux chez les tout-petits. Des champignons vont commencer sa décomposition et eux même serviront de casse-croûte aux bactéries etc , etc … La butte ainsi formée gagnera en vitalité de semaines en semaines. L’apport d’eau est souvent inutile si le paillage est correct car il évite l’évaporation. Et ensuite …? Il ne reste plus qu’à perturber le moins possible cet univers, pour semer ou repiquer on peut par exemple écarter légèrement le paillage puis le refermer. Pour récolter on peut prendre ce dont on a besoin tout en laissant le reste en place (racines, rosettes, fanes,…) car la terre et ses habitants en ont besoin. Et comme nous avons isolé cette butte du reste de la nature, et que les grands arbres ne lui apportent que peu de couvert, on peut lui en amener de temps en temps ; sinon que vont trouver les vers de terre à la sortie de l’Hiver ? Que vont-il ramener en profondeur ?

Il existe plusieurs façon de faire des buttes, ici, elles ne sont composées que de terre pour éviter qu’elles ne s’affaissent trop au cours du temps. Une autre technique consiste à faire une première bonne épaisseur de buchettes de bois, afin de gagner de la hauteur et proposer de la matière en décomposition dans la butte, puis d’y mettre de la terre. C’est comme le pain, chacun sa recette.

Sur une butte assez haute comme celle de Stéphane, une petite astuce permet d’avoir plus facilement accès au dessus sans se fatiguer : un tronc fin de bois sert de repose-pieds et réparti l’impact du « pas » sur l’ensemble de la butte. Et puis on est moins courbé pour récolter .. encore une victoire !

butte autofertile.jpeg

La traction animale

On pense tout de suite au cheval .. éventuellement à la mule, et c’est le cas ici car Stéphane va vendre sa production aux marchés avec une carriole et l’un des deux, mais qui pense au chien ? Les chiens qui donnent volontiers leurs contributions et participent à la récolte des légumes, ils sont tout contents d’aider un petit peu.

La cueillette semi-sauvage…

…fait partie des activités quasi-quotidiennes. Semi-sauvages car ce sont des plantes qui poussent toute seules mais sur ses terrains. Sans ouvrir la « Grande encyclopédie des polluants Humain », on peut comprendre que la récolte de salades sauvages sur terrain connu est préférable aux récoltes de tout bords (de route). En ce premier jour de printemps, nous avons cueillis du Lamier pourpre, du Pissenlit, de la Potentille, de la Roquette, du laiteron, du Mouron de oiseaux et d’autres petites saveurs. C’est toujours un plaisir de découvrir les plantes sauvages comestibles avec une personne qui connait son environnement, et lever quelques interrogations en suspends depuis quelques temps (Guilhem, c’est de la Véronique de perce la petite fleur bleue dans ton jardin !)

Le Lamier pourpre est excellent, et dense à croquer. Les feuilles duveteuses donnent la sensation de manger un papillon avec 20 ailes. (du calme… c’est une image). Et puis il ne manque vraiment pas à l’appel. Vive le Lamier pourpre !

La potentille rampante a des vertus médicinale insoupçonnées. Bonne contre les Maux de tête et les vomissements et les fortes intoxications. Qui en veut ?

Le Pissenlit de printemps est très peu amer, et peut se trouver en abondance. Encore une sacrée coïncidence pour sortir de l’hiver et libérer le foie des gratins trop costauds ; )

Des liens pour aller plus loin :

Le principe de la couche chaude, expliqué sur le site de Silence ça pousse

Une vidéo courte qui rappelle l’interêt de la culture sur butte

La cuisine sauvage, pour vous mettre l’eau à la bouche et peut être vous lancer ?

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