Le zome de Gilles

Au dessus de la maison de Gilles domine une toute petite forêt où vivent quelques sapins, châtaigniers et noisetiers. Viennent s’y abriter les oiseaux du coin, les lièvres et les voyageurs que nous sommes. Comme une main qui se referme sur nous pour la nuit, un petit cocon perché sous les arbres, le petit zome nous a offert une nuit bien paisible.

Petite construction qui donne tout de même du fil à retordre dans sa conception. Les domes et les zomes et toutes les autres formes géométriques au nom étrange demandent pas mal de réflexion quant à la façon de les couvrir, et de les isoler. Gilles a utilisé du bois pour couvrir les pans les plus verticaux, des plaques de bitume vertes pour les pans inclinés, et du polycarbonate transparent pour la pointe. Il a eu la bonne idée de mettre de la corde pour faire la jointure des pans à l’intérieur, ce qui est plutôt joli. La toute petite porte, qui est intégrée dans les losange de face, oblige a une petite contorsion pour entrer et donne tout de suite l’impression d’entrer dans un lieu d’une autre dimension, un petit coin secret. Apaisant, notre curiosité est attisée par ce petit bijou.

Une histoire d’architecture

Il faut savoir que de tout temps l’homme a su mettre la géométrie au service de ses projets architecturaux. Des huttes africaines, aux maisons passives aux angles nets, ces habitats aux formes très diverses savent s’inspirer et imiter les intelligences naturelles qui les entourent. Qui n’a jamais été fasciné par la perfection des alvéoles d’une ruche ? La structure intriguante d’une pomme de pin ? N’a t’on jamais essayé de les reproduire ?

Le terme de « zome » est un néologisme qui a vu le jour dans les années 60, contraction d’une forme géométrique : le rhombizonaèdre et d’une structure architecturale sphérique : le dome géodésique.

Le plus ancien dôme géodésique se trouve en Allemagne à Jena et il fêtera cette année ses… 90 ans ! En imaginant le premier cet assemblage géométrique de triangles, l’ingénieur allemand Walter Bauersfeld inventa du même coup le planétarium.( 1) Plus de 20 ans s’écoulent avant qu’un autre visionnaire, R. Buckminster Fuller, ne mette son talent au service de cette construction d’un autre genre. Cet ingénieur dont le credo était « faire plus avec moins » a cherché toute sa vie durant des solutions efficaces en terme de ressources liées à l’habitat humain. Ce sont ses travaux qui vont rendre accessibles et populariser l’autoconstruction des dômes par des particuliers. ( 2)
A ses yeux (et nous sommes dans les années 50) le dôme géodésique représente la forme la plus efficace et la plus à même de répondre aux besoins spécifiques de l’habitat humain.

Au milieu des années 60 plusieurs curieux s’emparent de ses travaux et aboutissent à une nouvelle structure sphérique, non plus composée de triangles mais de losanges : le zome. De forme plus harmonieuse, et plus facilement étanchéifiable, le zome va connaître ses heures de gloire grâce à la vague de contre culture qui souffle sur les Etats-Unis. En France, c’est Jean Soum en 1977 alors enseignant chercheur à l’école d’architecture de Toulouse qui importe, construit et popularise la technique. ( 3) Vous l’avez compris le zome est le petit frère du dôme…

… mais finalement un zome c’est quoi ?

Eh bien sur le plan géométrique, le zome est un morceau de Rhombizonaèdre. Un quoi ?!? Allez, voici un petit rappel géométrique et syntaxique, attention à ne pas rater de wagons !

Un Rhombizonaèdre > de Rhombe [ le losange ] + Zonaèdre [> Polyèdre (Volume limité par des polygones) dont toutes les faces sont des Zonagones (Polygones possédant un nombre pair de côtés qui sont parallèles 2 à 2) ]. Le Zome est un bien un Polyèdre (un volume qui est limité par des polygones, des figures planes limitées par des lignes droites), dont toutes les faces sont des Zonagones (puisqu’il s’agit de losanges, ils ont des côtés qui sont parallèles 2 à 2), et qu’on désigne donc sous le nom de Rhombizonaèdre…Et pourquoi seulement un morceau ? Développé en entier, un zome n’a pas de face plate, on choisit donc une ligne au-deçà de laquelle la structure ne sera pas construite, et constituera donc la base, le plancher de l’habitat. On peut donner au dome une forme plus ou moins ronde, ou au contraire élancée, selon la ligne de coupe, mais également en fonction du nombre de losanges qui constitueront la base, de leur forme, ainsi que de la taille de l’ouvrage. Des logiciels de calcul mis au point par des passionnés sont disponibles à tout un chacun sur des sites comme celui de l’association Ardheia. Rassurez vous, ce ne sont pas des calculs de haut niveau, juste de la géométrie dans l’espace.

Devant sa maison, Gilles a un autre zome, beaucoup plus grand. Celui là il l’a acheté à un copain et l’a retapé afin de le transformer en salle de travail thérapeuthique. Praticien en fleurs de Bach, il donne des séances de naturopathie / kinésiologie. « Le zome fait partie de la thérapie » nous confit-il.

Nous sommes invités à entrer. L’intérieur est chaleureux, entièrement recouvert de bois, exception faite des fenêtres latérales qui laissent découvrir un paysage à perte de vue. Au sommet, une autre ouverture permet d’observer le ciel. Nous adoptons immédiatement ce lieu, captant cette sensation de bien être et de sérénité qui s’en dégage. « Rien n’est laissé au hasard » nous fait remarquer Gilles. Proportionné selon le nombre d’or, le zome a fait l’objet d’une longue réflexion quant à son aménagement. Aucun détail n’a été négligé, même la disposition des lattes de plancher n’est pas anodine. S’ensuit alors une longue discussion sur les fleurs de Bach, les énergies vibratoires, la dynamisation… Nous comprenons que nous avons à faire à un passionné, qui à trouvé dans le zome la forme idéale pour pratiquer son art. Et il n’est pas le seul, nombre de leurs constructeurs prêtent aux zomes des qualités énergétiques, libre à chacun de les trouver…

Notes :

(1) Source Wikipédia (retour au texte1)
(2) Source Buckminster Fuller Institute www.bfi.org (retour au texte2)
(3) Site un peu ancien de Jean Soum, il faut s’accrocher il en vaut la peine ! (retour au texte3)

Liens pour aller plus loin :

Le livre Habiter de rond de Jean Soum, Olivier Dauch et Evelyne Adam,consultable sur google books  Conseils pratiques de constructions, en bois, en terre… une référence pour qui veut se lancer !

Un calculteur de dôme géodésique  En anglais mais ça reste de la géométrie !

Guerizome Le site de Gilles Fabre qui nous a hébergé

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